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Mathilde Monnier et Jean-François Duroure s'expriment autour de la re-création de Pudique Acide.
Pourquoi avez-vous décidé de recréer ces deux pièces de répertoire aujourd'hui ?
JFD : Pudique Acide et Extasis ont été pour tous les deux, nos premières chorégraphies. Les recréer aujourd’hui est une façon de transmettre l’héritage que nous avons reçu de François Verret, Viola Farber, Merce Cunningham et bien sûr celui qui a marqué mon parcours : Pina Bausch. En 2003, j’ai remonté Pudique Acide avec les élèves du conservatoire de Strasbourg puis, l’année dernière, les élèves du conservatoire supérieur de Paris ont choisi un extrait d’Extasis pour leur diplôme d’interprétation. Voir, 25 ans après, ces deux duos, m’a fait prendre conscience de leur intemporalité et de leur beauté. Ils parlent de l’être et leur écriture est toujours autant d’actualité. C’est donc avec beaucoup de joie que j’ai accepté la proposition de Mathilde Monnier de les transmettre à deux jeunes danseurs afin qu’ils puissent être vus de nouveau.
MM : Ces deux pièces créées en 1984 et 85 sont suffisamment anciennes pour que toute une génération du public ne les ait pas vues. Ce qui est intéressant dans ce projet c'est justement qu’il donnera l'occasion de voir une de ces danses des années 80 dont on parle tant. Les années 80 ont aussi été décriées par la génération suivante (c'est de bonne guerre) et cela permet de mesurer aussi dans la réalité le parcours du temps. Mais je dois aussi dire qu'il y a aujourd'hui un contexte de retour à une écriture de la danse qui se prête à ce remontage.
Pudique acide et Extasis ont 25 ans, quelle est leur résonance avec la danse d'aujourd'hui ? En quoi ces deux pièces sont encore d'actualité ?
MM : Je ne sais pas s'il faut chercher des adéquations avec le temps présent dans le remontage de pièces et si cela doit en être le prétexte. Je pense plutôt que c'est le regard des spectateurs qui fait l'actualité, ce sont eux qui actualisent par leur présence et qui rendent palpable l'événement dans son temps. Les pièces de répertoire se bonifient souvent car le temps fait son effet et cela permet au public de ne pas être dans un rapport permanent à ce qui est nouveau et donc jetable et donc consommable. Cela donne un peu de poids aux choses.
JFD : Peu importe si elles sont d’actualité ou pas dans le paysage chorégraphique. Ces deux duos sont chargés d’émotion, de poésie et de beauté, notions humaines dont nous avons aujourd’hui plus que jamais besoin.
Ces deux pièces se suivent, en quoi sont-elles et différentes et complémentaires ?
MM : Ces deux pièces sont parfaitement complémentaires, elles sont deux facettes de nos danses, deux représentations de couple. Dans Pudique acide nous sommes dans un rapport d'affrontement, de rivalité et de jeu. Nous jouons aussi avec les codes féminins et masculins sur un mode androgyne. C'est la première pièce, elle est plus épurée, plus directe, simple et assez abstraite. C'est un travail sur le rythme, un corps à corps, un face à face. Dans Extasis, il y a l'irruption de la fiction, un univers théâtral apparaît, avec aussi une influence iconographique sous jacente qui venait à l'époque de certains tableaux. La danse y est plus souple, plus en harmonie, plus lyrique avec une pointe de cabaret.
JFD : Pudique Acide, c’est une danse abstraite mais riche d’un point de vue technique et virtuose, un face à face de tensions et de tendresse où l’on se cherche et on s’affronte. Une écriture tendue où l’on joue avec la musique. Pour Extasis, Pina m’avait laissé son empreinte comme un passage de la forme à l’essentiel. Une danse de l’être qui parle à l’âme et rejoint l’universel. Le face à face devient face au public, une mise à nue extatique. Oui, ces deux duos sont complémentaires, dans la mesure où ils touchent à l’essentiel. Pour les danser, il faut tout donner…
Pouvez-vous nous parler de la sélection des deux nouveaux danseurs, Sonia Darbois et Jonathan Pranlas?
JFD : Souvent les chorégraphes avec qui nous avions travaillé, nous faisaient danser ensemble. Notre ressemblance masculin/féminin, blond/brun, a été le point de départ des duos. Il fallait trouver deux interprètes avec une personnalité fougueuse et intériorisée, mais aussi une certaine ressemblance afin qu’ils puissent s’approprier cette danse et qu’elle devienne leur histoire. Nous attendions un haut niveau technique, mais aussi beaucoup de sensibilité et un brin de folie. Je pense que Sonia et Jonathan sauront relever ce défi avec beaucoup d’intensité et de générosité.
MM : Il a beaucoup été question de trouver un couple qui sans nous ressembler pouvait trouver sa propre indépendance et en même temps sa propre personnalité. Mais, c'est aussi une danse très technique qui fait appel à différents outils de la danse, le rythme, les portés, le lyrisme des bras, le port de tête du cabaret. Cela demande de jongler avec plusieurs techniques. Sonia, qui vient de chez Josette Baïz et Jonathan, qui vient de P.A.R.T.S., ont cette jeunesse, cette agilité et surtout cette ressemblance entre eux qui permettaient d'imaginer travailler avec eux.
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